Terre Zéro, de Jean Bury

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Éditions Otherlands, roman broché, 442 pages, 17 €

Quatrième de couverture :

Paris, dans les années 2040
Christophe Vrécourt vient de se faire embaucher chez Impérium Industries. Le projet qu’on lui propose est si alléchant qu’il ne peut refuser le poste malgré la réputation douteuse du groupe.
Seulement, quand Christophe se rend compte qu’Impérium est bien plus avancé qu’ils ne voulaient le dire sur le sujet, il commence à se poser des questions. L’intelligence artificielle sur laquelle il devait travailler est en fait un androïde plus vrai que nature. Thomas, 15 ans.
Mais qu’est vraiment Thomas ? Et qu’est le vrai projet que semble dissimuler Impérium Industries ?
En quête de vérité, Christophe mettra à jour le secret bien gardé du géant industriel. Un secret innommable qui dépasse en horreur tout ce qu’il aurait pu imaginer.

Thèmes :

L’intelligence artificielle, le clonage, le pouvoir des consortium, l’éthique, la personnalité, l’apprentissage, la différence, la physique quantique, les jeux de pouvoir, les relations humaines.

Avis

J’ai eu envie de lire un roman de Jean Bury après avoir découvert sa nouvelle pour Etherval persona non grata n° 17 : Abattez les enfants ! Tout d’abord parce que j’avais été impressionnée par son style fluide, et son écriture, mais surtout par la très belle émotion qu’il avait su susciter par son texte avec pourtant une très forte évocation de la guerre, de ses violences et de ses plaies.

Dans Terre Zéro, j’ai retrouvé ce style fluide, mais j’ai également été surprise et un peu admirative du vocabulaire, rare et précis, de la vaste culture que l’on sent sous les mots, aussi bien dans le domaine des technologies que dans celui des arts ou des auteurs du passé. On perçoit donc une grande intelligence sous-jacente, de la curiosité dans bien des domaines, de l’approfondissement dans les raisonnements. Un sens éthique soutient aussi le texte, et je pense que la richesse du style est naturelle à l’écrivain, car j’ai eu l’impression qu’il se voulait au contraire accessible au plus grand nombre. Ce roman évoque des mondes parallèles et si le mot « quantique » hante l’esprit, il n’est rarement/jamais  prononcé. Je reconnais que le mot peut faire peur, et pour avoir tenté de suivre quelques vidéos à ce sujet, on peut être perdu rapidement. Ici, pas de souci, comme Christophe tient par la main Thomas et le guide pour découvrir la culture du monde, nous sommes bien accompagnés par le récit pour plonger dans cet univers.

L’univers est celui d’un 2040 que je qualifierai d’uchronique, plus que d’anticipation. En effet, nous sommes en France, nous fréquentons le gratin industriel, scientifique et technologique de deux grandes entreprises. La guerre a été gagnée en Afrique, mais en marquant les hommes et les esprits. Des choses terribles, voire impardonnables s’y sont passées, et on a vite étouffé l’affaire. Dans les jeux de pouvoir, politique ou militaire, les grandes entreprises se sont taillé les parts du lion. On ne sent pas trop ce retentissement technologique dans la vie quotidienne des citoyens, et c’est en cela que j’ai plus l’impression d’une uchronie qu’une anticipation, malgré qu’on ait déjà eu la technologie de stase et celle de la fusion froide.

Mais les inventions qui s’annoncent risquent de révolutionner le monde. À quel prix ? C’est la question qui va mettre en rage Christophe, fils d’une riche famille d’industriel et professeur universitaire dans l’étude de la génétique et du comportement. Si on lui demande de parfaire à l’éducation de Thomas, un jeune garçon de 15 ans présenté comme la toute dernière génération d’androïdes, était-ce pour en faire un futur soldat ? Ou pour d’autres desseins encore pires ?
Le récit commence en prologue par l’action renégat de Christophe et de ses amis pour extraire Thomas du consortium. Puis le roman reprend chronologiquement comment on est arrivé là à travers une douzaine de focales différentes, et parfois quelques retours en arrière pour mieux connaître les protagonistes. Puis, on arrive au moment clef de l’alpha, et les conséquences qui en découlent. Ce rythme atypique passe bien, et les événements se bousculent vers la fin du roman à un rythme très soutenu. Il y a quelques circonvolutions orales dans les joutes entre certains personnages que j’ai un peu survolées, et quelques raccourcis scénaristiques compréhensibles quand on est déjà face à une œuvre de 442 pages pour éviter l’inflation totale du récit. Rien de très rébarbatif, on passe un très bon moment avec ce roman. J’ai vu que le terme « thriller » avait souvent été employé pour ce récit, je dirai surtout que c’est une histoire pleine de rebondissements et de rencontres.

Les personnages ont tous leurs motivations, leurs visions de la situation. Certains sont touchants comme Christophe et son ire, à Thomas et à sa parenté (mention spéciale à Kim), à la médium Clémentine qui vit avec un don si pénible au quotidien, et aussi à la mère de Christophe, une industrielle avec de grandes valeurs morales (qui donc a bien élevé son fils malgré sa crise d’adolescence rebelle) et surtout une mère protectrice.

Ce récit de science-fiction pose en douceur des questions sur l’identité, le clonage, l’unicité de chacun, la part à attribuer à l’acquit et à l’innée, ces rencontres qui nous forgent, et la question de l’humanité dans ses valeurs et sa définition. C’est bien mené, c’est intéressant, c’est bien écrit. C’est une lecture que vous ne devriez pas regretter si vous la tentez.